On vous a déjà dit que vous étiez « surqualifié(e) » pour un poste, alors même que vous aviez besoin de travailler et que vous étiez motivé(e) ? Pour Laurence, 57 ans, cette phrase est devenue presque une routine après près de 200 refus. Pourtant, elle n’a jamais cessé d’y croire. Son histoire parle de doutes, de fatigue… mais aussi de courage et de dignité au milieu d’une recherche d’emploi qui s’étire.
« Surqualifiée » : quand l’expérience devient un prétexte
À 57 ans, Laurence a derrière elle de nombreuses années d’expérience en ressources humaines. Un parcours solide, des compétences prouvées, une vraie envie de transmettre. Sur le papier, tout est là. Et pourtant, elle accumule les refus.
La formule qui revient souvent ? « Vous êtes surqualifiée ». En apparence, c’est presque un compliment. En réalité, c’est un « non » déguisé. On lui explique qu’elle risque de s’ennuyer, que le poste n’est pas assez stratégique pour elle. Ou qu’elle pourrait partir dès qu’elle trouvera mieux.
Résultat, son expérience devient une sorte de poids. Une étiquette qui rassure les recruteurs sur ses compétences, mais qui les inquiète sur le long terme. Et derrière ce mot, Laurence, comme beaucoup d’autres, entend aussi parfois : « Vous êtes trop âgée », même si cela n’est jamais dit frontalement.
200 refus… et pourtant, elle continue
En un an, Laurence envoie près de 200 candidatures. C’est énorme. Cela veut dire 200 lettres, 200 CV adaptés, 200 espoirs. Et presque autant de silences ou de réponses négatives.
Elle doute, forcément. Elle se demande si son CV fait peur, si elle doit enlever des lignes, simplifier son parcours, gommer certaines expériences. Bref, se rendre plus « modeste » pour passer la première barrière. Peut-être que vous avez déjà eu la même idée.
Mais malgré la lassitude, elle ne lâche pas. Elle continue à cibler les postes en RH, à se former, à rester en veille sur les offres. Un jour, une porte finit par s’ouvrir : un CDD. Ce n’est pas encore la stabilité qu’elle espère, mais c’est un pied dans la porte, une preuve que sa valeur professionnelle est bien réelle.
Pourquoi le mot « senior » fait encore peur en entreprise
Ce que découvre Laurence au fil de ses candidatures, c’est aussi la réalité du marché du travail pour les plus de 50 ans. Le mot senior, en France, fait souvent peur à certains recruteurs.
Ils craignent des salaires trop élevés. Ils imaginent que la personne sera moins flexible, moins « digitalisée », moins mobile. Ils ont peur aussi de recruter quelqu’un qui connaît déjà « trop » bien le métier, et qui remettra en question certaines décisions.
Pourtant, quand on regarde les faits, les profils comme celui de Laurence apportent souvent l’inverse : stabilité, recul, gestion des conflits, sens du collectif. Et une capacité à accompagner les plus jeunes, à transmettre des méthodes, des repères. Bref, un vrai atout pour une équipe.
Ses stratégies pour tenir bon dans la durée
Face aux refus répétés, Laurence aurait pu arrêter de postuler. Elle a choisi une autre voie : adapter sa manière de chercher, sans renoncer à ce qu’elle est.
Elle a, par exemple, retravaillé son CV pour mieux coller aux attentes actuelles : plus court, plus visuel, avec des résultats concrets. Elle a réduit certains détails techniques, mis en avant ses compétences clés : gestion de carrière, accompagnement managérial, recrutement, formation.
Elle a aussi élargi ses canaux : candidatures en ligne, mais aussi réseau, anciens collègues, anciens managers. Elle raconte son histoire, sans se cacher. C’est souvent dans ces échanges informels qu’une opportunité finit par apparaître.
Ce que son expérience peut vous apprendre
Si vous êtes en recherche d’emploi depuis longtemps, surtout après 45 ou 50 ans, l’histoire de Laurence peut résonner très fort. Elle montre d’abord que le problème ne vient pas forcément de vous. Le marché a ses biais, ses peurs, ses réflexes. Vous n’êtes pas seul(e) dans cette situation.
Elle rappelle aussi que la durée de la recherche ne dit rien de votre valeur. Un chiffre comme « 200 candidatures » impressionne. Mais ce ne sont que des tentatives, pas un jugement définitif sur vos capacités.
Enfin, elle prouve qu’un CDD peut être une étape, pas un échec. Pour Laurence, ce contrat temporaire est une manière de rester « dans le jeu », d’actualiser ses compétences, de garder un lien concret avec son métier. Et, surtout, de préparer la suite.
Quelques pistes concrètes si l’on vous dit que vous êtes « surqualifié(e) »
Vous avez, vous aussi, reçu ce fameux commentaire ? Voici quelques leviers à explorer, inspirés de situations comme celle de Laurence.
- Ajuster votre CV sans l’appauvrir : mettre en avant les compétences attendues pour le poste, réduire certaines fonctions très stratégiques si elles ne sont pas utiles pour l’offre visée.
- Expliquer votre motivation dès la lettre ou l’entretien : dire clairement pourquoi ce poste, même moins élevé que d’anciens, a du sens pour vous aujourd’hui.
- Rassurer sur la durée : évoquer votre souhait de stabilité, votre projet sur plusieurs années, pour contrer l’idée que vous allez « partir dès que possible ».
- Montrer votre aisance numérique : citer des outils, des logiciels, des formations récentes pour casser les stéréotypes sur l’âge.
- Activer votre réseau : car un recruteur qui vous connaît déjà, directement ou via recommandation, sera souvent moins freiné par l’étiquette « senior ».
Continuer à chercher… tout en se protégeant
La recherche d’emploi au long cours épuise. Laurence le sait, comme beaucoup de personnes de sa génération et de plus jeunes aussi. Pour tenir, elle apprend à poser des limites.
Par exemple, se fixer un nombre de candidatures par semaine. Prévoir des temps sans écran. Garder des activités en dehors du travail : bénévolat, formation, sport, vie sociale. Ce n’est pas du « bonus », c’est ce qui évite de s’effondrer.
Elle accepte aussi d’être imparfaite, de ne pas correspondre exactement à toutes les cases demandées dans une annonce. Elle tente quand même. Car souvent, un recrutements se joue aussi sur une rencontre humaine, pas seulement sur des cases cochées.
Une détermination qui peut changer le regard
Aujourd’hui, Laurence est en CDD, et elle continue à postuler en parallèle, toujours dans les ressources humaines. Certains pourraient y voir de l’obstination. En réalité, c’est une forme de résistance douce.
Chaque candidature envoyée par une personne de plus de 50 ans qui refuse de se laisser effacer fait un peu bouger les lignes. Chaque recruteur qui ose parier sur un profil expérimenté contribue à changer la culture de l’entreprise.
Alors, si l’on vous répète que vous êtes « surqualifié(e) », vous pouvez vous souvenir de Laurence. Votre expérience n’est pas un défaut. C’est un capital. Votre seule « faute », si l’on peut dire, c’est de valoir plus que ce que certains imaginent. Et cela, personne ne peut vous l’enlever.








